Je suis Basile Transo, je suis en M2 de génie de l'environnement, spécialisation ADT,
agriculture durable, développement territorial.
Qu'est-ce qui fait que tu as choisi ADT?
Je suis arrivé à l'école avec des ambitions assez militantes, des envies de faire changer
les choses sans trop savoir comment et par où prendre le problème.
Et au fur et à mesure, je me suis fait à l'idée que les territoires, c'était une
qualité qui permettait de faire changer les choses.
C'était cette SPE, donc je suis allé dans cette direction-là.
Est-ce que ça répond aux valeurs que tu portais en entrant dans cette école?
On dit que c'est une SPE qui est engagée et c'est vrai parce que la fondation d'OGE
c'était déjà quelque chose d'assez engagé.
Globalement, c'est des valeurs de respect de l'égalité, de questionnement sur l'environnement
de manière assez profonde et en plus avec une approche terroire, une approche concrete, terrain.
Ça veut dire quoi pour toi, Basile, engager?
Engager, c'est avoir pour moi une posture un peu plus radicale.
Peut-être moins dans le consensus, accepter...
Il y a une question de candidature, c'est sûr, mais je crois qu'en ce moment, j'ai
de plus en plus besoin d'aller dans une direction que j'affirme et ça s'est affirmé au fur
et à mesure de l'année 3 jusqu'aux M2 aussi, de dire qu'on soutient l'agriculture
paysanne, qu'on soutient les femmes en agriculture, qu'il y a un peu de la matière militante
aussi et vivante, surtout autour de l'agriculture paysanne.
Et finalement, la sélection qu'on retrouve, dans notre classe, on est 15 et les gens
qui sont là, on porte à peu près les mêmes valeurs et finalement, ça fait du bien,
ça fait un peu microcosme, mais ça fait du bien aussi de dire qu'il y a d'autres
gens qui vont dans la même direction que nous.
Est-ce que tu as déjà un lieu de stage?
Là, je suis en cours de recherche, mais j'ai deux pistes un peu plus avancées.
Est-ce que tu peux en parler de ces pistes-là?
En semestre d'études à l'étranger, je suis parti en Erasmus à Berlin, dans lequel
j'ai rencontré une prof de sociologie et de l'environnement qui s'appelle Michelle
Bonati, qui est une brésilienne qui mène un travail super intéressant dans plusieurs
pays du sud global sur la notion de l'identité et de savoir-faire, plus spécifiquement en
lien avec les communautés locales et leur alimentation et l'agriculture.
Pour moi, ça recouvre vraiment ce que j'ai pu découvrir en année de césure sur le
terroir, parce que je travaillais dans les productions fromagères, à la fois dans une
ferme et dans une asso de producteurs.
Mais c'était cette question-là de l'identité autour d'une production agricole, de ses
savoir-faire, et c'est quelque chose qui m'intéresse.
Je l'ai contacté en candidature spontanée pour savoir si son labo avait des missions
qui pourraient potentiellement m'intéresser.
J'ai détaillé un peu plus, mais en lien avec cette question-là d'identité et de
communautés alimentaires.
C'est quoi la problématique?
L'idée, ce serait vraiment d'avoir une approche de ce partage de connaissances, de la culture,
pourquoi les savoir-faire aussi disparaissent, et au profit de quel autre savoir, et comment
on les maintenir aussi, ces savoir-faire locaux et agricoles.
Donc ça, c'est un premier projet à Berlin sur la question d'identité, terroir.
Et l'autre projet, ça serait quoi?
Le deuxième projet, c'est à Toulouse, avec l'INRAE, de la recherche en agronomie, mais
plus précisément sur les dynamiques pastorales en Europe.
Rien n'est encore fait, mais l'idée, ce serait de voir comment la profession de berger
ou bergère, ça se professionnalise, et comment assurer des meilleures conditions de travail,
des meilleures conditions de vie pour les bergers et bergères dans la chaîne des Pyrénées.
Et donc ça, c'est aller les voir, aller voir quels sont les syndicats, les associations
qui les embauchent, comment fonctionnent les partenariats, les relations aussi avec
l'éleveur ou l'éleveuse qui demande au pergé, à la bergère, d'aller s'occuper
des moutons.
Ces deux thématiques de ça, elles sont très différentes l'une de l'autre.
Quand tu évoques ces deux thèmes-là, je me dis, quelle sera ta posture à venir? Comment
tu vas te positionner? Est-ce que tu as déjà réfléchi?
En ADT, on nous invite à faire un track M de recherche en sociologie.
On part de l'UM2 avec un bagage scientifique sur les sciences sociales, donc avec tout
le déroulé de la recherche scientifique, donc l'approche bibliographique, puis ensuite
la construction d'une méthodologie, etc.
Donc la posture, je pense que ça va être une posture qu'on m'a apprise au fur et
à mesure de ce premier semestre.
L'idée, moi, de mon premier projet, la posture dans laquelle je vais, c'est de dire
qu'on a trop souvent opprimé le sud global, alors qu'en fait, il y a plein de choses
qu'on observe dans le sud global qu'on doit apprendre et qu'on doit percevoir, etc.
Et arrêter de juste arriver avec une approche où on est au-dessus et on enseigne en tant
que gens d'Europe occidentale comment il faut se comporter, comment il faut savoir
quel savoir vaut plus que l'autre, pourquoi la science, elle prendrait le pas sur des
savoir-faire beaucoup plus spirituels ou locaux.
Et je cherche à comprendre ça pour pouvoir apporter plus de complexité dans notre modalité
de rapport au savoir en Europe.
Et puis, je pense que mon stage de recherche ne va pas changer grand-chose à l'ordre
mondial, mais que c'est aussi pour moi, pour voir aussi comment ça fonctionne dans
un pays du sud global, parce que je n'ai pas été amené à expérimenter ça et j'aimerais
bien...
Voilà, c'est pour ça que je parle un peu de fuite.
Je ne sais pas si c'est encore hyper clair dans ma tête, mais il y a un peu de ça,
entre guillemets.
Quel est celui qui te motive le plus?
Je pense que je dirais que c'est plutôt du coup le deuxième, parce que ça a plus
de lien avec mon objectif suivant qui est de devenir éleveur, donc de m'installer
en agriculture, et si possible avec des brebis, et si possible avec des dimensions pastoralistes.
Et en fait, c'est la meilleure stratégie que j'ai trouvée pour faire un stage de
fin d'études qui a un lien avec mon projet professionnel.
C'est peut-être ça qui me motiverait le plus, c'est d'avoir ce lien et comprendre
le lien que les bergers et bergeuses ont avec les animaux, parce que c'est quelque chose
qui m'a traversé pendant ma césure et j'ai eu envie de l'approfondir.
C'est quoi tes attentes par rapport à ce stage?
Moi j'ai un besoin fou de terrain.
Je suis obligé de parler de ma césure, je ne sais pas si c'est un peu une dégression,
mais pendant ma césure j'ai fait trois fois trois stages de trois mois dans trois structures
différentes, une collectivité, une asso et une ferme.
Les deux stages où j'étais part à la ferme, j'ai beaucoup souffert de l'immobilité,
du manque de terrain, même si j'ai eu du terrain, mais d'une autre manière.
Du coup, ce que j'attends de mon stage pour cette fois-ci, c'est quand même de pouvoir
continuer à être à la proximité des éleveurs et éleveuses, des bergers et bergères, et
sur le terrain avec eux pour comprendre leur réalité.
Et je sais qu'il y aura une dimension d'ordinateur que j'appréhende beaucoup, parce que j'en
ai beaucoup souffert en césure, mais en même temps je sais que, et j'ose espérer, qu'il
y aura un moment où je pourrai vraiment pouvoir parler avec ces personnes et au moins comprendre
leur réalité en me déplaçant et en allant les voir vraiment.
Ça serait quoi pour toi un ingénieur agronome?
Je pense que l'idée principale pour moi que j'ai à faire actuellement, c'est de décloisiner
et de me dire qu'en fait s'installer en agriculture, c'est pas bifurquer, et que c'est aussi être
un ingénieur agronome que d'être installé dans une ferme.
C'est assez complexe.
J'ai idée que les choses que j'ai apprises en école d'ingé agro, elles peuvent être
mobilisées d'une manière différente que ce qu'on nous présage de faire.
J'ai idée que les travaux de groupe, toutes les choses qu'on a mises en place, et tout
le bagage pédagogique avec lequel on repart, il nous sert et il pourrait aussi servir à
aller dans une direction qu'on n'attend pas forcément de quelqu'un qui a fait un Bac plus 5.
Et après par contre réussir à connecter les deux, ça va être une grosse entreprise je pense.
Mais il y aura forcément des moments où si je monte une entreprise agricole avec d'autres
gens parce que ce ne sera pas seul, il y a des choses qui feront écho et je ne fous
pas tout à la poubelle de ce que j'ai appris.
Donc finalement l'idée c'est de remobiliser ça et ensuite de continuer à grandir et à
aller chercher dans des directions dans lesquelles je n'ai pas pu aller chercher pendant ces
5 ans parce que j'étais occupé à faire ce que je faisais, c'est-à-dire d'apprendre.
Moi j'ai une petite question, c'est qu'effectivement tu es en train de parler de tes années d'apprentissage
ou de formation dans cette école et que tu projettes de comment tu vas articuler ce que
tu as appris.
Au moment de ta césure, quand tu étais en posture plus professionnelle, tu as à un
certain moment eu des choses qui t'ont fait dire « ah cette formation elle m'apporte
ça, je suis capable de ça ou je sais faire ça ».
Curieusement, ça ne va peut-être pas répondre à la question, curieusement c'est plutôt
à viser rétrospective, donc c'est après mon année de césure que quand je reviens
en M2, là je retravaille sur des choses sur lesquelles j'ai travaillé dans le milieu
professionnel et en fait ça éclaire plein de choses de ce que j'apprends désormais.
Après, dans les connaissances que j'ai pu remobiliser pendant mes trois stages de césure,
je dirais que j'ai remobilisé des choses mais c'est plutôt sur l'aspect esprit de
synthèse, travail de groupe, plus que sur le fondement des connaissances agronomiques
parce que j'ai l'impression d'avoir des généralités qui sont bien construites.
Je suis capable de comprendre globalement les enjeux, donc ça c'est une connaissance,
mais dans les faits, pour pousser plus loin, que ce soit des choses plus techniques, finalement
le vrai domaine d'apprentissage c'est le milieu professionnel et donc c'est à ce
moment-là et c'est dans ces stages-là que j'ai l'impression d'avoir plus appris.
Et c'est pour ça que je commençais la réponse à la question avec cette visée
rétrospective parce que je me dis, là maintenant je retourne à l'école, les choses s'articulent
mieux parce que j'ai été plongé dans des directions, finalement l'apprentissage,
la vraie étude en fait finalement c'était dans ces stages et après, revenir de ces
stages c'est apprendre à structurer ce qu'on a appris et à la mettre dans des boîtes
que ensuite peut-être potentiellement je pourrais remobiliser mais pour l'instant
j'ai pas encore vu ça et j'attends de voir en M2 pour le stage de fin d'études
si je vais pouvoir le faire.
Donc l'idée c'est, est-ce que tu as pu expérimenter en césure et post-césure,
c'est de vérifier si quand tu partiras en stage ça va se répliquer ou se reproduire
à nouveau?
Oui, et finalement pour ouvrir un peu je me dis que peut-être que l'organisation
de ces études elle serait pertinente, c'est pour ça que moi je poussais pour un stage
à la ferme en début d'année de L3 et un deuxième stage en fin d'année de L3,
c'est qu'en fait les savoirs s'articulent à partir des connaissances du terrain et
donc du milieu professionnel et donc penser la formation différemment ce serait, je pense,
en tout cas pour moi, assez pertinent.
D'abord le milieu professionnel puis après hop, on apprend à caractériser ce qui s'est
passé puis on y retourne, puis on y retourne, ce qui est déjà beaucoup le cas à l'agro
mais on pourrait aller plus loin.
Est-ce qu'il y a quelque chose que tu aurais aimé évoquer et pour lequel j'ai pas posé
de question?
Il y a pas mal de choses que j'ai fait grâce à l'école d'agro, là je pense aussi
que transformer ces conférences qu'on organise pour des personnalités qui sont intéressantes
et je pense à ça spécifiquement à ce moment-là parce que Isabelle Autissier, la navigatrice
et présidente d'honneur de WWF, elle nous a dit quand vous avez un micro, dites d'abord
ce que vous avez à dire avant de répondre à la question et je le ferai et je le tambourinerai
si possible même à la remise des diplômes etc.
Que si on est en mesure de s'installer, quand on sort de l'école d'agro, on a la capacité
agricole, il faut s'engager parce qu'on a la responsabilité aussi de ce monde agricole
et comme il n'y a plus d'agriculteurs, agricultrices et que la plupart sont en âge de partir à
la retraite dès maintenant, s'engager c'est aussi s'installer en agriculture.