Sous-titrage Société Radio-Canada
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Je suis en master 1 d'ingénierie en agronomie à l'Institut Agro-Renanger
et actuellement, de là où je suis en train d'être enregistrée, je suis en stage de semestre 7 à l'étranger
qui est un stage obligatoire quand on fait une formation d'ingénieur.
Et donc actuellement, je suis en Bulgarie.
L'objectif de ce semestre d'études, c'est de découvrir un peu le monde professionnel
parce que quand on fait notre semestre 7 à l'étranger, qui est obligatoire,
on a le choix entre travailler dans une université et faire en quelque sorte des cours comme à l'Institut Agro
mais dans une autre université, dans un pays étranger,
soit faire un stage.
Et moi, j'ai décidé de faire un stage pour mon semestre d'études.
Et donc mon stage est dans une réserve ornithologique sur la côte de la Mer Noire, à Bourgasse plus précisément.
Et donc je travaille tous les jours avec des ornithologues et des professionnels,
des personnes qui sont spécialisées en fait sur la vie sauvage et sur la nature.
Et donc l'objectif, c'est de s'imprégner de la vie dans le monde professionnel.
Et aussi, surtout, je pense que ça c'est le plus important,
c'est de, dans la liste des métiers qu'on pourrait faire plus tard
et des conditions dans lesquelles on voudrait exercer ce métier,
je pense que ce stage, ça nous permet vraiment de faire des éliminations.
Et j'ai l'impression que pour la plupart des gens, c'est surtout se dire
ah bah dans ce cadre-là, moi j'ai pas trop envie de faire ça.
Pour vous donner un exemple concret, je vis sur le site où je travaille.
Donc j'ai un appartement en fait directement dans le centre de recherche.
Enfin, c'est pas un centre de recherche, c'est un centre d'observation.
Et ben justement, ça c'est quelque chose qui me plaît pas trop.
Parce que je dois tout le temps faire des allers-retours chez moi
et en fait, la zone de travail est un peu confondue avec la zone de détente.
Pour moi, je pense que j'ai besoin que ces choses-là soient clairement séparées.
Et donc dans ma petite liste, je barre le fait que si on me propose un métier,
je ne veux pas vivre sur le travail par exemple.
Pendant la saison touristique, de septembre à octobre,
ma mission en tout cas, c'est de m'occuper des visiteurs qui sont étrangers
et qui parlent anglais.
Donc du coup, je fais des visites en anglais.
Je leur montre le centre et puis ensuite, je leur montre les oiseaux.
Et dès, on discute, on se découvre les uns les autres.
Et du coup, j'ai rencontré beaucoup de gens.
J'ai pu avoir plein de contacts un peu partout dans le monde.
Donc ça, c'est super.
J'ai ma mission principale qui consiste à récolter des données
sur une espèce de canard qui s'appelle la fuligule Milouin
qui est une espèce classée vulnérable par l'IUCN.
En gros, deux fois par mois, on récupère des données dans un lac
qui n'est pas sur le site où j'habite.
Donc on apprend la voiture.
Et ensuite, je récupère ces données et je les analyse sur RStudio,
donc sur un logiciel de statistique,
enfin de programmation informatique qui permet de faire des analyses statistiques.
Et je rédige mon rapport.
C'est pour ça que parfois, j'essaie vraiment de participer à d'autres missions
qui sont proposées par des écologues.
Là, justement, le week-end dernier,
j'ai rejoint un projet de monitoring,
donc de comptage d'animaux.
Et là, en l'occurrence, on comptait les vautours fauves sur les falaises.
Donc ça, c'était super bien.
J'ai pu faire un peu de bénévolat pour ça.
On est d'évoquer un moment important,
ou enthousiasmant en tous les cas, d'après ce que j'entends.
Est-ce qu'il y a un autre moment très marquant ?
Je pense que ça a été les deux fois où j'ai pu aller
faire ces projets de monitoring sur les vautours.
La première fois, on a eu l'occasion d'aller dans les montagnes
pour observer les vautours,
parce que l'ONG qui gère le centre où je travaille,
ils ont aussi un autre centre dans les montagnes.
Et donc, j'ai pu rejoindre l'équipe d'ornithologues qui travaillent
dans cette région-là.
Et ils nous ont emmené dans les zones de nourrissage des vautours,
parce qu'ils cherchent à réintroduire ces espèces-là dans la région.
Donc en fait, ils amènent de la viande, en gros, aux vautours.
Et c'est une collaboration avec les éleveurs du coin.
Donc vraiment, c'est un projet très bien ficelé.
Et en fait, on s'est assis dans la zone d'observation des vautours,
parce que près de la plateforme de nourrissage,
il y a une sorte de cachette, en quelque sorte,
où on peut s'asseoir et regarder les vautours à travers des vitres.
C'est un peu comme des miroirs sans teint.
Et donc, eux ne nous voient pas, mais nous, on les voit.
Et ça, ça m'a beaucoup marquée, parce que voir des animaux immenses
et qui sont très craintifs en plus,
qui sont très compliqués à approcher dans la nature,
c'est dingue, quoi.
Surtout que le paysage était magnifique.
C'était en fin octobre.
Donc, comme on dit, c'est l'été indien, là-bas.
Donc, il y avait des arbres oranges, verts, rouges.
Et le décor était incroyable.
Et donc, on posait des questions en chuchotant aux ornithologues sur les vautours.
Oui, alors, pourquoi ils mangent comme ça, etc.?
Ils nous expliquaient plein de trucs en chuchotant,
parce qu'ils ne nous voient pas, mais ils nous entendent quand même.
Et là, je me suis dit, franchement, je pense que je me verrais bien
travailler dans la montagne avec les animaux sauvages,
mais vraiment sur la réintroduction, où il ne s'agit pas juste de manipuler des animaux,
il s'agit de leur apporter du bien, limite sans qu'ils ne s'en rendent compte.
Avant de partir, quelles étaient vos attentes?
Je pense que mes attentes avant de partir, c'était de rencontrer plein de gens
et justement, de découvrir ma voie, savoir ce que j'allais devenir plus tard.
J'espérais sincèrement qu'en arrivant ici, en faisant ce que j'ai à faire,
j'ai trouvé directement ce que je veux faire et ça va être génial à l'issue de ce diplôme.
Mais du coup, là, je suis vraiment un peu paumée.
J'essaie de trouver un peu ce que je veux,
j'essaie de trouver ce qui pourrait bien m'aller.
Moi, j'aimerais savoir ce qui s'est passé ou ce qui est en train de se passer.
Qu'est-ce que ça révèle pour vous? Qu'est-ce que ça confirme?
Qu'est-ce que ça vient infirmer?
Je travaille dans un centre d'observation qui est géré par une ONG,
un peu comme la LPO en France, BSPB en anglais.
Ça me fait me dire que finalement, j'ai bien envie de travailler dans une ONG.
En fait, ça m'a donné des clés, ce stage,
il m'a donné des clés sur des choses que je n'imaginais pas forcément.
Donc, par exemple, le fait que j'aime beaucoup travailler en équipe,
j'aime bien avoir beaucoup de social, donc rencontrer des gens,
faire la vulgarisation et tout ça, ça, c'est quelque chose qui m'intéresse beaucoup.
Je pense que c'est vraiment une quête très longue.
Peut-être même une fois qu'on a un job, finalement, elle n'est pas encore finie cette quête,
de trouver un peu son métier parfait.
Là, c'est un peu ça.
Je réunis plein de pièces du puzzle et je me dis,
tiens, ça, j'aime bien faire ça.
Ça, je ne veux absolument pas.
D'après vous, au vu de l'expérience que vous êtes en train de vivre,
ce serait quoi les compétences attendues?
Puisqu'on a un rapport à rendre,
je pense que c'est le fait de savoir communiquer et d'expliquer
comment le stage s'est passé, savoir développer des problématiques
et étudier un sujet qui nous intéresse d'une manière stricte.
Je pense que c'est un petit peu des prémices à un mémoire
ou qui est très rigoureux scientifiquement.
Là, ça allait un petit peu loin,
mais ça commence à nous mettre un peu sur la voie de savoir rédiger
et savoir s'expliquer.
Est-ce que vous êtes capable d'identifier trois compétences que vous aviez déjà,
sans forcément vous en rendre compte avant ou aujourd'hui?
Déjà, je ne pensais pas me débrouiller aussi bien en anglais.
Franchement, je suis très surprise par ma capacité à parler anglais aux gens.
Surtout que c'est des conversations totales.
Il n'y a pas de sous-titres.
Donc, il faut savoir se comprendre.
Ce n'est pas la même chose qu'être en cours où on écoute des audios quatre fois.
Là, on ne va pas la faire répéter quatre fois, clairement.
Donc, il faut vraiment s'apprendre à s'adapter.
Ensuite, je parlais de travailler en équipe
et de faire des visites, par exemple, et expliquer des choses aux gens.
Je trouve que j'ai une certaine capacité à expliquer les choses.
J'aime beaucoup ça.
Prendre du temps avec des gens, c'est mon rôle ici.
Quand on a des touristes, je dois leur montrer les oiseaux.
Je leur explique en quoi consiste le centre.
Et en fait, c'est super agréable.
C'est super cool.
Surtout quand on tombe sur des gens qui sont aussi intéressés que soi,
qui sont aussi passionnés et qui veulent juste apprendre des choses.
C'est génial quand on a des gens qui nous posent plein de questions.
J'adore ça.
Je pense que c'est une compétence que j'avais déjà,
mais que j'ai pu développer, je pense.
Je dirais dire, encore dans le social, créer du lien avec son équipe.
Je pense que j'ai grandi.
Je pense que, sincèrement, ça m'a beaucoup appris sur la patience.
J'ai dû apprendre aussi à accepter qu'on n'avait pas me donné 10 000 trucs à faire
et qu'il fallait que je prenne ce qu'on me donne.
Surveiller la migration des oiseaux, rester sur la terrasse
et observer les oiseaux qui volent dans le ciel.
Ça, c'est un truc qui a été assez difficile pour moi.
J'ai vraiment appris la patience.
Encore une fois, j'ai vraiment appris sur ce que je pouvais faire,
de toutes les options que je pouvais avoir pour plus tard.
Je peux travailler dans une ONG.
Finalement, j'ai rencontré des gens qui sont très, très inspirants,
qui mélangent créativité avec biologie, écologie.
Et ça, c'est quelque chose de très, très inspirant.
Et pour autant, on peut très bien avoir un doctorat sur l'ornithologie
et pour autant, passer plus de temps sur l'ordinateur
à faire du montage pour des vidéos pour sensibiliser les gens à propos de l'ornithologie
qu'aller sur le terrain et capturer des oiseaux.
C'est super, la palette de choses qui existent pour faire un métier qui nous plaît.
Je pense qu'on est un peu les acteurs du métier qu'on veut faire plus tard.
J'ai vraiment appris ça cette année.
J'ai le choix. J'ai beaucoup, beaucoup de choix.
Je pense que dans mes habitudes de vie,
le fait de me retrouver toute seule dans un appartement, dans une ville que je ne connais pas.
Je ne connais pas les bars, je ne connais personne.
J'ai dû me créer une nouvelle routine de vie qui est plus simple
où j'envisage un petit peu moins de sortir et de faire des relations avec les gens
parce qu'il s'agit quand même de parler dans une autre langue.
Et en plus, beaucoup de gens ici ne parlent pas anglais.
Parfois, c'est un petit peu compliqué.
Je pense que j'ai pu remettre en question la manière dont je vivais avant.
Ma première année à l'école à l'agro,
en fait, je ne suis pas trop sortie.
Je n'ai pas trop cherché à faire des liens.
Et ça, c'est dommage parce que finalement,
les gens inconnus, ils ont beaucoup, beaucoup de choses à nous apprendre.
Et donc là, j'ai vraiment envie de sortir un peu de ce cocon de l'école
et de chercher à faire des nouvelles relations, à rencontrer des nouvelles personnes.
Je prends tous les contacts de personnes étrangères
comme des choses bienvenues.
Donc, je récupère des numéros au téléphone un peu par-ci, par-là
pour me créer un peu une liste de contacts
et avoir des gens avec qui parler, avec qui échanger
parce que vraiment, les chocs culturels sont énormes.
Comment est-ce que vous projetez votre retour à l'école
d'un point de vue personnel
professionnel et ou universitaire?
Il y a quelques jours, dans ma promo, on a reçu un mail
nous demandant de faire nos choix de spécialisation.
A l'issue de ce semestre, on va avoir des matières qui seront plutôt orientées
vers la spécialisation qu'on a choisie au moment où je vous parle.
Et donc, j'ai choisi une spécialisation qui s'appelle EFCE
et qui est en collaboration avec l'université de Rennes 2.
Oui, juste me dire, ce que c'est que le diplôme EFCE?
EFCE, ça veut dire écologie fonctionnelle comportementale et évolutive.
Donc, c'est un master qui se fait à l'Institut Agro-Rennes Angers
le semestre 8, c'est-à-dire la deuxième partie de la deuxième année
où je suis actuellement, le master 1.
Et fait 100% à l'agro, donc on va avoir des matières
qui seront enseignées par les profs à l'agro.
Et ensuite, la troisième année, donc pour l'année de master 2
on sera 100% sur le campus de l'université de Rennes 2.
Donc, on va rejoindre une classe d'universitaires qui seront là
et avec qui on va pouvoir travailler pour avoir ce master.
Et donc, c'est une sorte de collaboration entre l'université de Rennes 2
et l'Institut Agro-Rennes Angers.
Et donc, ce que je veux dire par là, c'est que donc
j'aurai quand même beaucoup de travail parce que c'est un double cursus
qui est assez exigeant.
Et donc, je me vois plutôt assez dans mes livres
et sur mon ordinateur à travailler.
Mais j'ai hâte d'arriver, de revenir.
J'ai prévu de faire une colocation avec un ami
et j'espère vraiment que ça va aboutir parce que j'ai super envie
de vivre cette expérience-là avec lui.
Et ensuite, mon futur, je ne l'ai pas défini énormément.
Enfin, je me rends compte avec ce stage que finalement,
aussi justement, il n'y a pas de raison de stresser par rapport à son futur
parce qu'en fait, on construit notre projet professionnel
petit à petit et voilà, on essaie des choses.
Moi, je n'ai pas d'image précise de ce que je ferai plus tard.
Ce que je sais, c'est que j'apprécie la biologie.
J'apprécie travailler en équipe.
J'apprécie rencontrer des gens. J'apprécie faire de la vulgarisation.
Ce que j'imagine dans un futur idéal,
ce serait d'avoir un métier qui réunit ces choses-là.
Peut-être travailler dans une ONG aussi.
Peut-être travailler dans un laboratoire.
Peut-être faire une thèse.
Je pense que ça dépendra des opportunités et mon état d'esprit à ce moment-là.
Mais je commence à voir les choses avec plus de calme
et plus de sérénité.
Est-ce que vous auriez un conseil,
quelque chose à dire à des étudiants
qui vont à un moment donné partir ?
Je pense que le plus important,
c'est de ne pas se comparer aux autres,
surtout pour son stage.
Il y a les gens qui partaient au Canada,
les gens qui partaient en Scandinavie, dans des pays riches.
Il y a une grosse partie de la promo qui part en Afrique du Sud aussi,
qui fait des stages d'écologie en Afrique du Sud.
Moi, j'ai fait le choix de ne pas y aller.
J'ai remis mon choix en question pendant très longtemps
parce que sur Instagram, on voit les stories des autres.
Les gens qui disent, je vis ma meilleure vie,
je suis en train de faire un safari, j'ai croisé un léopard.
On est les seuls à être un peu désorientés
parce qu'on est tout seul, parce qu'on est loin de notre famille,
parce que ce n'est pas forcément ce qu'on imaginait.
Des fois, ça devient super déprimant.
Je pense que c'est ça le plus important,
c'est de se souvenir que les gens sur Instagram
ne montrent pas le négatif.
Il ne faut pas oublier que chaque personne vit sa propre expérience.
C'est super important de se recentrer sur son stage,
et en l'occurrence, moi, j'en ai appris,
mais sur un pays qui, à première vue,
n'est pas la première destination touristique pour les Français.
Ce pays m'a appris beaucoup de choses et j'en suis super reconnaissante.
Ce conseil, ce serait aussi de ne pas avoir peur
de se mettre dans l'inconnu,
de rencontrer des nouvelles personnes.
Je sais que parfois, ça peut faire peur
et je le sais très bien parce que je suis du coup très anxieuse.
Je pense que ça peut vraiment apporter du bien et des super souvenirs,
de juste, des fois, se dire « Ok, je le fais ».
Et sur le coup,
on se dit « Mais qu'est-ce que je suis en train de faire ? »
et à la fin, on a des super souvenirs.
Je pense que c'est super important
d'oser et d'essayer.
Moi, c'est comme ça que je vis ma vie,
c'est essayer de ne pas avoir de regret.
J'arrive à la fin de mes questions.
Est-ce qu'il y a quelque chose que vous auriez aimé partager et que vous n'avez pas eu l'occasion de nous dire ?
La chose la plus sûre, c'est que je rentrerai plus ouverte d'esprit.
Malgré ce que j'ai pu penser au début de ce stage,
où j'étais là, bon, la Bulgarie,
maintenant, j'en ressortirai grandie
parce que j'aurai découvert un pays
qui a été blessé par son histoire.
Et en fait, je suis super fière d'avoir fait ce stage
et d'avoir eu l'opportunité de pouvoir visiter un pays
qui n'est pas sous le feu des projecteurs,
un pays que peut-être je n'aurai pas l'occasion de visiter plus tard
parce qu'avec les instabilités politiques, ça peut être un petit peu compliqué.
Mais en tout cas, c'est quand même un endroit qui est sur la mer Noire,
donc ça reste quand même assez fragile politiquement.
Je suis très fière d'être dans ce stage-là,
d'avoir pu découvrir ça.
Personne ne pense à ce pays alors que les gens sont adorables,
parce que j'en aurai appris aussi beaucoup sur le métier que je vais faire plus tard
par élimination, comme j'ai dit plus tôt.
Et j'ai rencontré beaucoup de personnes
et pour ça, je suis super contente.